Toby ou le saut du chien

(2005)


résumé : Toby ou le saut du chien raconte les derniers jours de Toby, star mondialement connue, hantée par la figure du diable sous les traits d’une petite fille. Les tous derniers jours, l’inexorable pente tragique, une descente aux enfers à l’intérieur du crâne de Toby. La folie d’un homme possédé par ses visions et hallucinations. Le destin tragique et lumineux. Les proches sont là, le cercle des proches qui entourent la star et assistent, impuissants, à sa destruction. Le chœur est là, aussi, qui fabrique la légende de Toby. Tous sont là, assistant à l’inéluctable fuite en avant, jusqu’au tout dernier saut.


présentation : Night-club, hôtel, aéroport, hôpital, plateau de télévision... La traversée de plusieurs espaces, de plusieurs mondes, comme autant de cercles de l’enfer, une descente progressive, une chute infinie. La fuite en avant d’un jeune homme, star mondiale, divinité moderne confrontée à son propre vide, à la vertigineuse sensation de la perte de soi. La rencontre d’une petite fille (petit diable, fantôme), un jour, crée un blocage, provoque un doute, dans le parcours tout tracé de cet individu au sommet de sa gloire. Dès lors un grain de sable entre dans le système, dérègle la mécanique et l’entraîne irrémédiablement dans une course vers la mort. Une course qui s’accélère, qui est volonté d’échapper à son propre néant. Mais un néant qu’il faudra affronter pour pouvoir le dépasser. Une course face à laquelle il n’y aura bientôt plus d’autre solution que de l’accélérer davantage, seul moyen peut-être de maîtriser l’inéluctable. S’abandonner à la nécessité. Aimer son destin. Amor Fati. Sauter dans le vide. Faire le grand saut. Hors de soi. Reconquérir son identité en acceptant sa perte, même en la désirant. Ne plus faire « un bloc unique et inamovible » mais devenir « tout une multitude mouvante », devenir la foule, devenir le monde. Donner son corps en pâture. Destin tragique des véritables étoiles.


extrait :

TOBY. Venez voir, approchez un peu. (Il se retourne vers la baie vitrée.) D’ici, on domine toute la ville. (Jayne Mansfield s’approche, regarde avec lui.) Ils ont construit cet hôpital au dernier étage d’une immense tour. Les urgences se font par hélicoptères. Un infirmier disait : « au moins, quand y en a un qui claque, le trajet vers là-haut est à moitié fait. » (Long temps. Ils regardent tous les deux la ville.) Je marchais dans la ville. J’avais décidé de marcher dans la ville, un soir, de ne pas rentrer. J’avais échappé à la surveillance de mon équipe après un concert — c’était après un concert. Je m’étais enfui et je comptais rejoindre mon hôtel à pieds. Et je m’attendais un peu à ce qu’on se retourne sur mon passage, qu’on me reconnaisse, je m’attendais à certaines manifestations. Mais, personne ne se retournait, personne ne me reconnaissait. Non, à mon grand étonnement, ce fut l’inverse, c’est moi qui reconnaissais chaque chose. Moi qui me reconnaissais en tout. Et ce fut tout d’abord une sensation horrible, cette sensation de se voir en chaque visage, de se reconnaître dans la grimace d’un petit garçon, l’ébriété d’un clochard ou l’effronterie d’une jeune fille. Cette familiarité m’était pénible. Je me voyais partout, je me reconnaissais, et c’était une sensation horrible, un haut le cœur me prenait à chaque pas. Puis, la sensation se précisa, et je compris alors que ce n’était pas une reconnaissance extérieure mais intérieure. Que ce n’était pas moi que je reconnaissais dans le monde, que c’était le monde que je reconnaissais en moi. J’avais eu l’impression d’être un rocher unique et inamovible, un bloc. Et je me rendais compte que j’étais plusieurs, tout une multitude mouvante. (Bref temps.) Et c’est là qu’elle est apparue. La petite fille. C’est là qu’une petite main est venue se glisser dans la mienne. Qu’une voix a commencé à me parler. (Temps.) On se croit unique et puis… Il n’y a pas d’unité.

Toby et Jayne s’assoient pour contempler la ville dans la nuit. Silence. Puis, Toby, doucement, vient poser sa tête sur les genoux de Jayne. Et Toby s’endort sur les genoux de Jayne Mansfield. Et Jayne Mansfield  lui caresse doucement la tête en chantant.


production :

  • Mise en scène de Frédéric Sonntag, Mains d’Oeuvres (Saint-Ouen), 16 au 27 octobre 2009, Théâtre de l’Odéon - Festival Impatience (Paris), 24 et 25 juin 2010

lectures - mises en espace :

  • Mise en espace dirigée par Frédéric Sonntag, Théâtre Ouvert (Paris), 24 novembre 2008
  • Mise en voix dirigée par Frédéric Sonntag, SACD (Paris), 3 juillet 2008
  • Mise en espace par Olivier Balazuc, CDN d’Orléans - Festival Pur Présent, juin 2006

publication :

  • Edition Théâtre Ouvert - Tapuscrit, septembre 2007

  • Aide à la création du CNT, juin 2007
  • Prix Godot des lycéens (Caen), mai 2010
  • Bourse d’écriture du CNL, 2004 
  • Cette pièce a été écrite, en partie, en résidence au C.N.E.S. de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon